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Newsletter #35

  • 26 févr.
  • 19 min de lecture

Notre précédente newsletter était un peu minimaliste, annonçant principalement nos futurs événements. Celle-ci est donc un peu plus longue pour vous offrir les compte-rendu de nos activités de janvier et de février.


Le 9 février, plusieurs personnes à Liège ont subi une perquisition, suite à la manifestation contre la venue de Georges-Louis Bouchez le 18 septembre dernier. Le Front Antifasciste de Liège a lancé un appel à soutenir les personnes perquisitionnées et à dénoncer la criminalisation de l’antifascisme. Pour signer leur appel, que ce soit de manière individuelle ou au nom d’un collectif, vous pouvez envoyer un mail à : liege@antifascisme.be. Force à elleux ! 


Le vendredi 20 février, on a été invitées à participer à la journée « Gender Panic au village : Résister aux campagnes anti-genre » organisée par la Coalition Genre, qui regroupe 10 associations engagées en faveur de l’égalité de genre. Nous avons animé l’après-midi une discussion autour des masculinités. Nous avons notamment présenté un peu le paysage que nous observions dans les initiatives qui concernent les masculinités et partagé quelques points d’attention. La matinée était consacrée au rapport sur les campagnes anti-genre rédigé par plusieurs chercheur·euses et publié en septembre 2024. Il est disponible ici et, même s’il est long, on vous en recommande la lecture.



Au programme

  • Retour sur nos activités de janvier

  • Retour sur nos activité de février

  • Nos prochains événements

  • Des recommandations




# Retour sur nos activités de janvier


Mensuelle : Quels besoins pour travailler sur les masculinités ?

Le mardi 13 janvier 2026, c’était la reprise ! Une mensuelle « back to the roots » pour reconnecter aux raisons pour lesquelles on est là. On est revenu·es un peu sur l’origine des mensuelles. L’invitation au premier événement de La Bonne Poire partait d’un constat, formulé grosso modo en ces mots : « Les hommes aussi sont concernés par le patriarcat. Venez si vous avez envie de construire ensemble des chemins d’émancipation ». Lors de cette soirée, on a demandé aux personnes présentes de quoi elles avaient besoin (pour lutter contre le patriarcat). Ensuite, on a principalement organisé des événements thématiques pour répondre à ces différents besoins identifiés. Au bout d’un an d’activité, fin 2022, notre public a exprimé l’envie d’avoir des espaces de discussions plus libres, qui répondraient à plusieurs objectifs : 

  • avoir un espace pour discuter des choses qui sont mises en mouvement dans d’autres activités (débriefer, rediscuter, digérer des contenus ensemble) ;

  • pratiquer le travail conversationnel : des hommes ne se sentaient pas capables de  construire eux-mêmes les conversations qu’ils avaient envie d’avoir, et étaient en demande qu’il y ait des espaces plus structurés pour s’entraîner ;

  • tisser des liens conviviaux et affinitaires avec les personnes qui venaient régulièrement ; autrement dit : se faire des ami·es.


Là, on est 5 ans plus tard, on a fait une 60aine d’événements, notre public s’est pas mal renouvelé. Il y a des ancien·nes, habitué·es fidèles, d’autres qui viennent ponctuellement ou qui nous rejoignent pour la première fois. Poser la question de « quels sont nos besoins ? » était une manière de faire une mise à jour, de prendre au sérieux les trajectoires de chacun·e et d’encourager le dialogue.


Les questions posées pour lancer la conversation étaient : « Qu’est-ce qui vous amène ici ? Qu’est-ce que vous désirez y trouver ? Quel chemin avez-vous déjà parcouru et quels obstacles vous barrent la route pour aller plus loin ? »


Les sujets qui sont ressortis étaient (en vrac) : 

  • développer des relations amicales (notamment entre homme et femme) sans automatiquement sexualiser ; naviguer des questions de tendresse, de sensualité, de sexualité et d’intimité dans des relations ; 

  • sortir de l’ignorance blanche masculine ; prendre en compte les masculinités dominantes d’un point de vue colonial ;

  • Comment transmettre ou continuer ce qu’on fait à La Bonne Poire en dehors ? Comment se sentir plus légitime à élargir nos actions et être des forces motrices de changement ? 

  • Envie de bousculer et d’être bousculé : comment faire ? Comment éviter à la fois la posture compétitive entre hommes  et les attitudes défensives ? Mieux identifier ce qui se passe dans la fragilité masculine : à quel moment ce qui frotte, c’est le besoin d’être singulier ?

  • Comment interpeller, confronter ou ouvrir la discussion sur le patriarcat  avec des personnes avec lesquelles on n’est pas d’accord ?

  • Comment mieux connecter avec l’expérience des personnes dominées ?

  • Le monde est violent, l’actualité est inquiétante : comment éviter que les questions antipatriarcales soient systématiquement reléguées au second plan ? Comment mieux les intégrer aux espaces militants ?

  • Comment être un traître à la classe des hommes ?

  • Comment ne pas choisir la facilité et le confort du déni ?

  • Être régulièrement déçu, irrité par les hommes (y compris des parts de soi-même en tant qu’homme) : comment s’appréhender entre hommes en étant saoulé de ses/de nos comportements ?

  • Est-ce que j’ai quelque chose à gagner à incarner du masculin ? Comment être plus libre ?

  • Poser un regard sur le chemin parcouru, les jalons, les moments de rupture, les bifurcations ;

  • Comment parler de la construction de sa masculinité avec son père 

  • Comment être proféministe sans être classiste ?


Les sujets étaient fort variés. Cela a donné lieu à des tables assez précises et d’autres plus généralistes, où tentaient de se construire des conversations entre personnes qui pouvaient être situées à des endroits très différents. Pas facile, au fond. Peut-être que ça n’était pas le meilleur thème de mensuelle ; mais en même temps, l’ambition était de faire un coup de sonde qui permettait d’entendre un peu ce qui occupait les participant·es, et dans ce sens c’était instructif. 


Comment relever des propos qu’on trouve pas ouf ?

Lors du tour du début, un participant a partagé son impression qu’on ne parlait pas assez de « masculin sécurisant », et dans son explication, il mobilisait des archétypes qui nous ont fait tiquer. Sur le moment, ça n’est pas complètement clair ; c’est juste quelque chose d’inconfortable, qui gratte, qui titille. On ne sait pas si on doit réagir : on est nombreux·ses, chacun·e doit pouvoir s’exprimer. Interrompre un tour de parole pour dire sa méfiance ou son inconfort reviendrait à prendre du temps à l’ensemble du groupe et à exposer la personne qui a parlé. On hésite donc. On laisse passer.


En même temps, ce qui a été dit peut véhiculer des notions et valeurs avec lesquelles on n’est pas d’accord. Dans ce cas-ci : habituer à l’usage de catégories ou d’un vocabulaire qui sert souvent de porte d’entrée à des approches essentialistes (New Age ou mythopoétiques). Dès lors, que faire ? Que faire pour qu’une partie des gens ne restent pas dans leur inconfort ou dans leur jugement silencieux, pendant que d’autres se laissent inspirer, dans la confiance que ce qui est dit est validé au sein de l’espace de La Bonne Poire, sans contextualisation critique ?


On en a pas mal reparlé en débriefing. Un point intéressant, c’est de relever que ça reste difficile de casser le flow devant 30 personnes et de se sentir légitime d’interpeller des gens qui disent des trucs bofs (pas seulement pas intéressants, mais aussi potentiellement dangereux). Nous aussi on galère parfois là-dessus. C’est un exercice constant de développer le discernement et le tact d'interpeller sans casser. Et parfois on rate le coche. L’important, c’est de rester conscient·es de ça et de continuer à s’améliorer, même de façon asynchrone, dans l’après coup.


On est content·es que ces propos soient exprimés : chacun·e en est là où iel en est dans son processus et vient avec ses idées, ses références, ses mots. Il faut des endroits où on s’exprime librement, où on se parle avec honnêteté. Mais il faut en parallèlement construire la confiance dans le fait qu’on pourra réagir, s’entendre, et se répondre. Sinon ça génère des rencontres manquées.


Un outil qui existe déjà dans nos activités et qu’on aurait pu mobiliser, c’est le geste « ça me chipote » : il indique que ce qui est dit nous fait réfléchir, qu’on n’a pas encore de réaction ou d’opinion à exprimer mais qu’il y a quelque chose qui nous titille. Faire ce geste permet de poser comme un marque page dans la conversation, pour peut-être y revenir plus tard. Il permet de signifier visuellement qu’il y a ici quelque chose sur lequel on pourrait revenir. 


Quelques citations tirées du tour de fin :

  • « Moi j’ai toujours considéré que c’était la position confortable pour moi de me taire et de m’effacer lorsque je constatais un comportement ou un propos problématiques. Mais ce soir quelqu’un a dit que pour lui, l’inconfort c’était de se taire et le confort c’était d’agir (de dénoncer le comportement). Je vais garder ça en tête, je trouve ça inspirant. »

  • « Ça me fait du bien de voir que mes interrogations sont partagées par d’autres hommes. »

  • Sur la question de la légitimité : construire des liens de confiance avec d’autres dans des espaces affinitaires permet de se sentir plus légitimes, particulièrement quand on sait qu’on pourra nous recadrer si on déroute. Aussi, la nécessité d’un certain bagage théorique pour s’inscrire dans des luttes politiques. 



Focus : Travail reproductif

Le 22 janvier, nous nous sommes retrouvé·es à Elzenhof pour une soirée de discussion consacrée au travail reproductif et à sa place dans nos sociétés. L’objectif de la rencontre était de mieux comprendre en quoi le travail qui rend la vie possible — se nourrir, se soigner, élever des enfants, entretenir des espaces de vie, soutenir les autres — constitue une dimension centrale du fonctionnement économique et social, alors qu’il reste largement invisibilisé et dévalorisé.


Dans un premier temps, une présentation a posé quelques repères théoriques pour situer la discussion. Il s’agissait d’abord de revenir sur l’analyse marxiste du capitalisme, qui montre que notre société reconnaît comme « travail » ce qui peut être mesuré, abstrait et échangé sur un marché. Cette logique fait que de nombreuses activités pourtant indispensables à la vie sociale restent en dehors du champ économique reconnu. Les théories féministes marxistes ont permis d’élargir cette analyse en mettant en évidence l’importance du travail reproductif (c’est-à-dire l’ensemble des activités nécessaires à la reproduction de la force de travail et à la continuité de la vie sociale). Ce travail, historiquement assumé en grande partie par les femmes et par des travailleur·euses précaires, racisé·es et/ou issu·es de la migration, constitue une condition de possibilité de l’accumulation capitaliste, tout en restant souvent gratuit ou faiblement rémunéré.


La présentation proposait également de comprendre des mesures politiques contemporaines (comme les politiques publiques qui renforcent l’activation sur le marché du travail tout en affaiblissant les services sociaux) comme une réorganisation de l’articulation entre production et reproduction. Dans ce contexte, une part croissante des coûts de la reproduction sociale est transférée vers les individus et les ménages, ce qui intensifie à la fois la pression sur le travail salarié et la charge de travail reproductif. L’idée centrale est que ces évolutions ne relèvent pas seulement de choix politiques ponctuels, mais s’inscrivent dans une transformation plus large du capitalisme, où la reproduction sociale devient un terrain stratégique d’exploitation et de conflictualité.


Dans un second temps de l’activité, les participant·es ont échangé en petits groupes, pour répondre les un·es les autres aux questions qui pouvaient rester et pour prolonger les réflexions. Certain·es personnes venaient du monde associatif, d’autres du secteur culturel, d’autres encore étaient de jeunes parents ou impliqué·es dans des métiers du soin,  ou de l’éducation ou de la recherche. Ces discussions ont été l’occasion de mettre en commun nos expériences, nos grilles de lectures et nos aspirations politiques. Plusieurs personnes ont évoqué la difficulté de concilier travail salarié et responsabilités quotidiennes, le sentiment d’une pression croissante sur le temps et les ressources, mais aussi l’importance des solidarités informelles qui permettent de tenir au quotidien (d’autant plus importantes au vu du contexte politique actuel).


La mise en commun a permis de faire émerger l’idée que ces expériences ne relevaient pas seulement de situations individuelles, mais renvoyaient à des transformations sociales plus larges. Comment faire du travail reproductif un terrain de luttes communes plutôt que des expériences isolées de fatigue ou d’impuissance ? Sans prétendre apporter de réponses définitives, la discussion a permis de mettre des mots sur des expériences partagées et de relier des situations concrètes à des dynamiques structurelles plus larges.


La soirée s’est terminée sur un sentiment largement partagé d’avoir pu, le temps de quelques heures, clarifier certaines intuitions et reprendre prise sur le réel. Une prise modeste et sans doute provisoire, mais néanmoins précieuse. Merci à toutes et tous pour la qualité de l’écoute, la richesse des échanges et pour avoir pleinement joué le jeu de la discussion collective.


On a un article en préparation sur le travail reproductif, qui retracera ce qui a été partagé lors du focus. On le publiera sur notre site quand il sera prêt.




# Retour sur nos activités de février


Mensuelle : La solitude

Depuis 3 ans, les mensuelles de février ont pour thématique « l’amour ». Cette année, on a proposé comme thème la « solitude » – ce qui n’est pas sans lien avec l’amour ! 


Plusieurs personnes ont commencé par interroger l’imaginaire autour de la solitude, nourri notamment par de nombreuses références culturelles. L’explorateur seul face à l’Himalaya, l’homme cynique et misanthrope (signe d’intelligence), l’artiste incompris (signe de profondeur), l’ermite (signe de droiture morale) ; plusieurs personnes ont mentionné des romans comme Le Loup des steppes d’Hermann Hesse, ou encore cet influenceur qui se filme tout le long de sa morning routine de 4 heures : bain glacé, préparation physique, méditation, quelque chose qui est présenté comme le sommet de la virilité mais pas une interaction. Il existe un imaginaire qui soutient une vision fantasmée de la solitude : la figure de l’homme fort, silencieux, autosuffisant, celui qui tient seul, qui n’a besoin de personne. Cette mythologie valorise l’isolement comme preuve de solidité morale. Elle naturalise la distance affective et présente l’indépendance radicale comme un idéal viril. Il existe un imaginaire cherchant à promouvoir l’homme solitaire comme idéal viril. Et un participant commente : « Si la déconnexion est ce qui définit la masculinité, alors la solitude est le destin des hommes. Il y a un intérêt pour le patriarcat à nous la vendre comme un destin désirable. » 


Mais la solitude recouvre des réalités complexes. On peut être objectivement seul·e ou se sentir seul·e, même lorsqu'on est accompagné·e. On peut se retrouver isolé·e, dans l’absence durable de liens sociaux. On peut se retrouver coupé·e des autres parce qu’on n’a plus les moyens de connecter leur expérience à la sienne, et vice-versa. Un participant notait qu’il y avait en anglais plusieurs mots pour dire « solitude » mais qu’en français on manque peut-être de vocabulaire pour ça. On a pu citer en réponse à ça les distinctions (un poil plus techniques) que la philosophe Hannah Arendt trace entre solitude, isolement et esseulement. Les trois sont une suspension dans la relation au monde ou aux autres, mais elles se déclinent différemment : 

  • La solitude comme la présence qu’on a à soi-même, quand on est en dialogue avec soi-même, et cela peut être une qualité - c’est, en tout cas, nécessaire à l’exercice de penser ; 

  • L’isolement comme ce qui se passe quand on est réduit à l’impuissance politique (parce qu’on ne peut agir politiquement qu’avec les autres) ;

  • L’esseulement comme une expérience où on se sent à l’écart de toute communauté humaine; quand on ne peut plus comprendre les autres et qu’on ne peut plus se comprendre soi-même. C’est, selon Arendt, une des expériences les plus désespérées de l’humain.


Plusieurs participant·es ont évoqué la « solitude accompagnée » : être entouré·e d’ami·es, de collègues, de famille, et pourtant se sentir seul·e. La solitude n’est pas qu’une question de nombre de contacts, mais de qualité relationnelle. On a pu poser la question : « Est-ce que les hommes ont les compétences sociales de construire et d’entretenir les relations sociales qu’ils souhaitent ? » Plusieurs témoignages ont fait ressortir la difficulté, entre hommes, de dire simplement si l’on va bien ou non. L’intimité émotionnelle reste limitée, les échanges demeurent souvent centrés sur le « faire » (activités, projets) plutôt que sur le « être ». 


À une table, on a pu parler de la honte que des hommes peuvent ressentir lorsqu’ils comparent leur vie intérieure ou la qualité de leurs relations avec celles des femmes qu’ils côtoient. Si la vie intérieure était comme un jardin qu’on cultive ou un territoire à explorer, un participant dit : « Moi j’ai l’impression que je suis resté exactement à l’endroit où je suis né. J’ai peur d’explorer, j’ai pas de boussole, j’ai peur de me perdre. » On convient que ça demande du temps et de l’énergie de développer ces compétences et d’explorer qui on est. Finalement, c’est une boucle qui se renforce : il faudrait développer sa capacité à se connecter à soi-même et aux autres pour développer des liens plus qualitatifs, mais c’est dans des liens plus qualitatifs qu’on renforce sa connaissance de soi-même et ses compétences relationnelles. Parfois, après avoir passé de nombreuses années à socialiser de façon superficielle dans les groupes, en jouant un rôle qui était valorisé socialement, c’est difficile d’admettre qu’on ne sait pas comment faire autrement. Cela finit néanmoins par devenir limitant, asphyxiant peut-être, quand on ne sait plus comment être en relation avec soi-même et qu’on a honte de soi. « C’est difficile d’être en relation avec d’autres gens quand on a déjà pas envie d’être en relation avec soi-même. »


Une partie des échanges a porté sur la solitude émotionnelle, en lien avec les amitiés, la famille et les relations amoureuses. Le « cap des 35 ans » est devenu un thème récurrent dans les conversations, parce que Rachel a mentionné qu’il y avait des statistiques qui disaient qu’à partir d’un certain âge, le nombre et la qualité des relations sociales entretenues par les hommes diminuaient. (Verdict : on n'a pas retrouvé d’études sur le sujet. Voilà. Déso. #Checkez-vos-sources) Des participants de différents âges ont pu corroborer, nuancer ou contredire ces impressions. Il a été relevé combien il est difficile de maintenir des amitiés dans la durée, notamment lorsque les ami·es deviennent parents et que la vie sociale se recentre sur la cellule familiale. Dans les couples hétérosexuels (notamment), il a été rappelé que ce sont majoritairement les femmes qui entretiennent les liens : organisation des rencontres, maintien du contact avec la famille, attention portée aux anniversaires, prendre des nouvelles, etc. Un participant note : « Actuellement mes besoins sont remplis dans ma vie, mais si on se séparait avec ma copine, je ne crois pas que je saurais re-générer ces conditions moi-même dans ma vie. »


Certains hommes ont exprimé un sentiment de solitude en tant que pères, lié au manque de modèles de paternité affective et impliquée. Là encore, on pointe une injonction à la performance et à la compétence technique (« faire ») qui ne s’accompagne pas d’un apprentissage du lien et de la vulnérabilité (« être »).


Pour finir ce petit compte rendu, on aimerait quand même mentionner que la solitude est un point d’appui central des discours masculinistes. Oui, beaucoup d’hommes font effectivement l’expérience de l’isolement affectif mais il faut noter deux choses : 1/ énormément de groupes sociaux se sentent seuls, et rien n’indique que les hommes se sentent plus seuls que d’autres catégories sociales et 2/ la solitude ressentie par les hommes est notamment le produit des normes de la masculinité hégémonique. Le masculinisme opère dans son instrumentalisation de ces statistiques un déplacement de la cause, de la responsabilité : les femmes et le féminisme auraient privé les hommes de relations (donc la solitude serait une preuve que les hommes sont lésés, un effet collatéral de l’émancipation des femmes, voire une injustice). Et le masculinisme transforme la solitude en victimisation stratégique : la souffrance est réelle mais elle est repolitisée contre les féministes. La solitude est un terrain de recrutement idéal pour les masculinistes parce qu’elle combine la vulnérabilité, la quête de sens et la colère. Le discours masculiniste offre une explication simple, un ennemi identifiable, une communauté de substitution.


Cette mensuelle a donné lieu à des conversations intéressantes, dans notre ressenti, assez équilibrées entre partages personnels et prise de recul collective. 



Focus 8 mars

Le 23 février, on organisait notre premier événement à La Fleur en papier doré. On était peu nombreux·ses pour ce focus 8 mars, peut-être c’était l’un de nos événements avec le moins de personnes. C’était quelque part la troisième édition d’un événement autour du 8 mars. On l’a remanié plusieurs fois, on a exploré différentes manière de préparer la discussion et cette année on a décidé de commencer par un « pavé dans la marre ». 


La question traverse les féminismes de tout temps : que peut-on attendre des hommes ? Il y a une histoire d’initiatives portées par des hommes qui floppent. Il y a une histoire d’hommes peu ou pas fiables, d’hommes qui coûtent plus d’énergie qu’ils en contribuent. Les féministes peuvent-elles compter sur les hommes ?


On s’est demandé pourquoi des hommes sont intéressés de participer au 8 mars. Qu’est-ce qui les motive ? Quelle énergie ont-ils pour œuvrer là-dedans ? Sont-ils seulement intéressés ? Les hommes désirent-ils l’égalité ? On s’est arrêté·es deux secondes pour nous donner à nous-même une définition de travail de ce que ça pouvait bien vouloir dire, « égalité ». Alors on a reformulé : « Les hommes désirent-ils un monde dans lequel ils ne bénéficieraient plus de l’exploitation du travail des femmes ? »


Les discussions étaient riches. C’est pas facile d’aborder ces sujets. Il y a la réponse qu’on aimerait bien donner, et puis celle qui résulte de toutes nos négociations internes entre les différentes parties de nous, certaines moins avouables ou dicibles. « Est-ce que je veux ? Par empathie pour mes proches, j’aurais envie de dire oui, mais je sens aussi que ça s’arrête assez vite dès qu’on touche à mes privilèges, à mon confort, .... » 


« Le constat est dur », partage quelqu’un lorsqu’on remet en commun après des discussions en plus petits groupes. « Il y a plus de barrières que je l’aurais imaginé. » Beaucoup d’hommes sont relativement intéressés de questionner leur masculinité, leur construction genrée, leurs relations. Venir à La Bonne Poire est une activité gratifiante, mais à qui est-ce que ça sert, finalement ? Comment utiliser l’énergie que ça nous donne et la transformer en actions, en luttes ?


À un moment, on a déplacé la question pour se demander si on  pourrait « désirer désirer l’égalité », un peu comme quand dans un couple, on dit qu’on « aimerait désirer l’autre personne », mais que le désir, finalement, ça se construit, ça s’attise, ça se nourrit. Comment pourrait-on nourrir notre désir d’égalité ? « Ça vient toucher à notre imagination flétrie. Sur papier, en théorie, oui 1000 fois. Mais c’est difficile de se représenter à quoi ça pourrait ressembler, un monde hors dominations. »


La question du désir d’égalité a percolé chez différentes personnes à des rythmes différents. À plusieurs moments au cours de la soirée, une personne annonçait avoir trouvé pour soi-même une réponse. Parfois un « oui » franc, chargé d’un poids qui le rend presque solennel, parfois un « oui, je crois oui » plus modeste. Lors du tour de fin, certains s'étonnent encore d’avoir entendu autant de certitude dans les réponses des autres. 


Après avoir parlé d’aujourd’hui, de notre monde contemporain et de la place des hommes très concrètement vis-à-vis des luttes féministes d’aujourd’hui, on a entamé un parcours qui regarde en arrière vers l’histoire du 8 mars, des luttes ouvrières, des luttes anticapitalistes, de l’internationalisme, des revendications que ces luttes ont porté. L’articulation triste des féministes avec les luttes ouvrières et les syndicats, qui est encore vraiment d’actualité aujourd’hui; on pourrait résumer : « Le drame de certaines luttes féministes, c’est qu’il s’agit de luttes anticapitalistes dont les anticapitalistes ne veulent pas entendre parler. » 


C’était un moment qualitatif, cette soirée. Un moment à la fois de connexion à nous-mêmes, à nos motivations profondes ; un moment d’instruction sur l’histoire de laquelle on hérite et dans laquelle on s’inscrit encore aujourd’hui ; et un moment d’imagination d’agir politique. 


Plusieurs des personnes qui étaient présentes organisent une garderie pour le 8 mars. Il est possible d’y inscrire votre enfant via ce formulaire


Sinon, on vous encourage également à lire le manifeste antimilitariste, anti-impérialiste et antifasciste du Collecti·e·f 8 maars, à signer la pétition pour une grève féministe le 9 mars et à soutenir la grève du 8 mars.


À propos d’histoire dans laquelle on s’inscrit, on aimerait finir ce retour sur le fait que du 4 au 8 mars 2026, ce sera l’anniversaire des 50 ans du Tribunal international des crimes contre les femmes qui a eu lieu en 1976 à Bruxelles. Environ 2000 femmes, issues d’une quarantaine de pays différents, sont venues pour témoigner, dénoncer et analyser les violences qu’elles subissaient. 




# Nos prochains événements


Mensuelle : Frères et adelphes

Nos familles sont des lieux assez fondamentaux de notre socialisation genrée. Assez rapidement quand on pense à ce que nos familles nous ont transmis, on donne un rôle central aux parents, dans les choix éducatifs qu’ils ont fait ou dans ce qu’ils nous ont transmis malgré eux. 


Ici, l’invitation est d’emprunter une autre porte d’entrée : Comment les relations avec nos frères, nos sœurs, nos adelphes ont modelé ou modèlent encore nos rapport de genre ? Entre comparaison et différenciation, comme enfant unique ou membre d’une famille nombreuse, parlons d’éducation et d’attentes genrées, et des relations avec nos adelphes.


On trouve ça un peu répétitif et restrictif de toujours écrire « masculinité et [thème de la mensuelle] ». Mais on rappelle que les mensuelles sont des espaces dont on espère qu’ils touchent principalement des hommes, ou des personnes intéressées de se centrer sur les dynamiques de genre avec un focus sur la masculinité.


Si tu ne sais pas encore ce qu’est une mensuelle et que tu veux en savoir plus sur ce format, c’est par ici.


Infos pratiques

  • Quand ? Le mardi 10 mars 2026

  • Ouverture des portes à 18h30, début de l’activité à 19h et fermeture à 22h.

  • Où ? À  La Vieille Chéchette (2 rue du Monténégro - 1060 Saint-Gilles)

  • ​​Pour qui ? Nous espérons que cette activité touche principalement des hommes. Si tu es intéressé·e et que tu n'es pas un homme, tu es lae bienvenu·e ! Mais c'est encore mieux si tu viens accompagné·e :) 

  • Le nombre de places est limité : inscription via ce formulaire.

  • Prix libre et conscient

  • Événement Facebook



Théâtre : Marcel·le au Théâtre des Martyrs

Ce 12 mars 2026, La Bonne Poire vous propose en partenariat avec le Théâtre des Martyrs une rencontre autour de la pièce Marcel·le, de Jessica Gazon, Thibaut Nève et Morena Prats.


« Déjà j’ai eu la patience de te prendre la main, de faire de la pédagogie avec toi. J’aurais pu aussi te dire : ben je suis pas Google, va à la source si tu veux vraiment faire ta part. »


Description de la pièce : « Pour Marcel·le, Thibaut Nève avait eu un rêve : créer un spectacle sur Marcel Proust, interroger son génie, ses bravoures, sa virilité ‒ et la sienne en passant. Avec sa collègue Jessica Gazon, il allait s’emparer de cette œuvre colossale afin de proposer une adaptation au ton clair-obscur et mystérieux. Un tango entre virilité et emprise. Et puis se produirait l’inattendu…Dans la continuité de ce happening, Marcel·le débarque. Jessica et Thibaut n’ont pas dit leur dernier mot. Nouvelle approche, nouveaux terrains de jeux, nouvelle mise en abîme. Mais chut… on n’en dira pas plus ! L’une des forces de ce spectacle subtil et grinçant, c’est de prendre à rebrousse-poil, d’emmener là où on n’avait peut-être pas envie d’aller et de nous forcer à interroger nos représentations. Marcel·le est un bijou d’audace, qui déconstruit les rapports de genre à travers un humour désopilant et déstabilisant. »


À l’issue de la représentation, La Bonne Poire ouvrira un temps d’échange avec le public. En partant de la pièce et de ses situations, cette discussion propose d’interroger la manière de continuer à faire société ensemble : comment soutenir la lutte féministe sans reproduire des rapports de domination ? Comment agir quand on est un homme sans se déresponsabiliser ? Comment penser la critique de la figure de l’allié tout en maintenant la possibilité d’un dialogue ? Il s’agira de nommer les conflits et les désaccords, sans s’y figer, pour dépasser ce qui fait obstacle et ouvrir des pistes d’actions.


Infos pratiques :

  • Quand ? Le jeudi 12 mars 2026 à 20h15 (début de la pièce, soyez là plus tôt!). La discussion débutera à la fin de la pièce (vers 21h30).

  • Où ? Au Théâtre des Martyrs, à Bruxelles - 22 place des Martyrs, 1000 Bruxelles

  • Combien ? Bénéficiez d’un tarif réduit en vous inscrivant via La Bonne Poire ✨Nous comptons sur chacun·e pour choisir sa catégorie tarifaire avec honnêteté : on vous fait confiance.


→ En vous inscrivant via La Bonne Poire (via le formulaire d'inscription ci-dessous), vous recevrez un mail de la billetterie du Théâtre des Martyrs précisant les modalités de paiement  (en gros, un numéros de compte) et votre inscription sera considérée comme validée une fois le virement effectué.


Liste des tarifs

  • +65 ans : 15€ (au lieu de 17€)

  • +30 ans : 18€ (au lieu de 22€)

  • -30 ans : 10€ (au lieu de 12€)

  • Chercheur·euse d’emploi :  10€

  • Étudiante en école d’art * : 6€

  • Enseignant·e** : 15€

  • Avec Ticket article 27 : 1,25€

* Écoles supérieures reconnues de la FWB

**Sur présentation de la Carte prof



Lien vers l’événement Facebook




# Recommandations

Un peu en vrac : 



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