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Newsletter #8

Beaucoup de mouvements à La Bonne Poire en cette fin d’année ! Nous nous sommes remis au travail activement, chacun, chacune, et cela se traduit par une activité riche et de nombreux projets en préparation.

Dans cette newsletter, quelques nouvelles de ce qui nous a occupé ces dernières semaines et l’annonce de notre première activité de 2023 : la mensuelle du 10 janvier !


A vous qui nous lisez, on vous souhaite une très bonne nouvelle année ; qu’elle soit riche de connexion, de transformation et d’espoir ! Et si vous voulez nous faire un petit plaisir de votre côté, on vous invite à nous envoyer un petit mail pour nous dire ce que vous pensez des newsletters – fut-ce un petit pouce en l’air ou un petit merci. On se sentira soutenues au coeur de l’hiver 🙏❤️


Plan :

  • Retour sur l’atelier “Travailler l’inconfort par le corps” avec André Chapatte

  • L’humeur de La Bonne Poire : l’espoir

  • Article corps et émotions

  • Une presque projection de Close (2022)

  • Lancement d’un nouveau format : les mensuelles !


# Retour sur l’atelier “Travailler l’inconfort par le corps” avec André Chapatte

Le 15 décembre, nous avons enfin organisé notre premier atelier corporel. Cela fait longtemps que le projet est dans les cartons, et c’est avec beaucoup d’enthousiasme que nous avons pu enfin le mettre en place avec André Chapatte, artiste, danseur, performeur et animateur sur les interactions entre corporéité et masculinité.


Mais de quel inconfort est-ce qu’on parle ? Pour fabriquer de « vrais hommes », la culture patriarcale exige d’eux certains sacrifices. Pour accéder à des rôles dominants et aux avantages qui vont avec, ces derniers doivent se faire violence et violenter, mutilant par là-même une part de leur vie affective. En abordant certaines préoccupations des hommes, comme la peur de l’intimité, l'inconfort de la tactilité, la difficulté de dire ses émotions, nous pensons que quelque chose se joue finalement dans le rapport que les hommes entretiennent à leur corps, à leurs ressentis qu’ils inhibent, à leurs émotions qu’ils s’interdisent de ressentir.


D’ailleurs, André nous a appris un mot pour dire ça : l’alexithymie. L’alexithymie est une incapacité à exprimer ses émotions. Elle touche 15 à 20 % de la population et constitue parfois un véritable trouble psychiatrique. La personne alexithymique est incapable de prendre conscience de ses émotions et de les exprimer. Et, surprise : les hommes sont particulièrement concernés. Selon la théoricienne féministe bell hooks, la masculinité se construit par traumatisation, par fissures jusqu’à ce qu’un manque de soi permette d’exister en tant qu’homme aux yeux de la société. Pour interroger ces fissures, et espérer construire un rapport plus libre et plus sain à soi-même et aux autres, cet atelier s’est attelé à interroger notre rapport à la tactilité, au contact physique et particulièrement, entre hommes.


Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles certains hommes peuvent être mal à l'aise avec l'intimité physique. Certains hommes peuvent avoir eu des expériences négatives avec l'intimité physique dans le passé, comme des abus ou des traumatismes, ce qui peut les rendre méfiants à l'égard du contact physique. D'autres peuvent avoir été élevés dans une culture ou un environnement où l'affection physique n'était pas couramment exprimée, ce qui peut les rendre mal à l'aise ou incertains quant à la manière de gérer l'intimité physique. Enfin, certains hommes peuvent tout simplement avoir des préférences personnelles qui les rendent mal à l'aise avec l'intimité physique. En définitive, les raisons de cette gêne peuvent varier considérablement d'une personne à l'autre.


L’objectif de l’atelier n’était en tout cas pas de sortir de là en ayant transformé radicalement son rapport au toucher pour devenir tout à coup super à l’aise, mais bien de saisir une occasion d’interroger et de ressentir quel rapport chacun entretenait à la tactilité.


Alors, c’était comment ? C’était beau. Profondément beau. Au début, les corps ressemblaient à ceux de rugbymen, tendus, parés au choc, fermés. Nos corps ont été domestiqués, dressés, et en s’immergeant dans l’inconfort, la posture de combat est ce qui est remonté le plus rapidement à la surface. Mais les regards… Les regards étaient touchants, bienveillants, doux. La gêne s’est rapidement mêlée à la sympathie pour laisser place à la tendresse – tendresse que l’on adresse à la personne qui nous fait face, mais que l’on apprend à s’adresser à nous-même, aussi. Les premiers échanges de ressentis ont détendu l’ambiance, et couche par couche, on a pu voir les armures tomber, les visages devenir plus doux, les postures devenir plus souples, les gestes devenir plus tendres. Des humains se rencontrer, dans une bienveillance et une vulnérabilité presque sacrées.


C’est une expérience à vivre au moins une fois dans sa vie. On remercie profondément André d’avoir guidé le groupe dans cet exercice transformateur 🙏



# L’humeur de La Bonne Poire : l’espoir

Je l’admets, pendant tout un moment, en m’engageant sur le sujet des masculinités, la coloration principale de mon engagement était le désespoir. Le lancement officiel de La Bonne Poire a été précédé de plusieurs mois de réflexion, de stratégisation, de documentation. Il y a toute cette période avant de se mettre au travail où on arpente la zone, on observe, on calcule, on fait des plans et le sentiment qui en ressort est souvent quelque chose d’un peu vertigineux. Mon dieu… le chantier est immense. Comment en viendrait-on à bout ? Ce n’est pas une question d’ambition excessive, de vouloir changer le monde ou de mettre tout le système sans dessus-dessous, mais bien de parvenir à se convaincre que tout notre travail suffirait à provoquer le moindre changement, le moindre tressaillement d’espoir.


Le problème des masculinités patriarcales est qu'elles apparaissent comme un rocher immense planté tellement profondément dans le sol qu’il donne l’impression qu’on n’arrivera pas à le déplacer d’un pouce. Certains disent que la dynamite est la seule option. Mais c’est de gens dont il s’agit et la violence n’est pas un choix que nous voulons faire. Pourtant, souvent, il m’arrivait de songer que les gens qui y vont à la dynamite au moins obtiennent des résultats. Peut-être est-ce la seule option…


Le 15 décembre, j’ai changé d’avis. Lors de l’atelier « Travailler l’inconfort par le corps » d’André Chapatte, j’ai vu installé un cadre doux, sécurisant, dans lequel on avançait avec lenteur et connexion. J’ai vu des êtres évoluer avec autonomie et courage, aller au devant d’expériences parfois nouvelles, parfois inconfortables, parfois profondément traumatiques, et être soutenus et encouragés sur cette voie. J’ai vu des guérisons.


Et je me suis souvenue : ma propre blessure patriarcale m’a semblé insurmontable à une époque. Avec les copines dans des groupes non-mixtes, on faisait le sale boulot : creuser autour du rocher pour essayer de le déloger, de le faire bouger, de libérer de l’espace pour qu’on puisse respirer en dessous. Pendant des années, on a eu l’impression qu’on n’en sortirait jamais. Mais l’écoute, la douceur, la sécurité, la connexion, la parole, le toucher, les larmes, les rires, tout ça nous a profondément transformés. Il y a eu de la guérison.


Je ne doute plus désormais que la même guérison est possible chez les personnes dont le patriarcat a fait des hommes. ✊



# Le corps et les émotions

« Travailler sur » n’est pas la simple « conscience de » : le travail demande un effort conscient, constant et délibéré. Cependant, la conscience est le préalable, la condition sans laquelle on ne peut progresser. C’est la première étape. Si nous souhaitons travailler et agir sur le réel, une attention à soi et aux autres est nécessaire. Quand on dit que l’intime est politique, c’est que chaque petit détail de nos vies personnelles rejouent les codes d’un système, d’une structure, sans toujours en prendre conscience. Et cela est applicable au domaine des émotions. L’activité du 15 décembre nous a montré que prendre conscience de ses émotions pour soi, les identifier pour ensuite pouvoir agir dessus et les travailler n’allait pas toujours de soi, notamment du fait des rapports de genre, de la socialisation masculine. Si vous êtes intéressé·es, nous avons écrit un petit texte sur le sujet, dans lequel vous trouverez plein de ressources pour approfondir la question du rôle qu’a la socialisation du genre sur la compréhension, l’expression et la gestion des émotions des garçons et des hommes. Nous espérons qu’il donnera des pistes pour prendre conscience et ensuite travailler sur le domaine émotionnel afin de ne pas rejouer éternellement les mêmes mécanismes de domination.



# Une presque projection de Close (2022)

En décembre, nous avions pour ambition d’organiser une discussion autour du film Close, de Lukas Dhont. Malheureusement, nos quelques échanges avec des cinémas indépendants bruxellois ne nous ont pas permis de trouver à ce moment-là une séance permettant d’enchaîner sur une discussion collective dans la foulée. Cependant, on ne saurait que trop vous recommander de voir ce film.


Le film est inspiré des travaux de Niobe Way dans son livre “Deep Secrets: Boys’ Friendships and the Crisis of Connection” (2011). La psychologue américaine y étudie la façon dont les garçons construisent des relations entre eux, et comment ces relations amicales évoluent au cours de l’adolescence. Souvent, les jeunes garçons ont un ou des meilleur(s) ami(s), avec qui ils partagent leurs secrets et leurs sentiments les plus profonds, mais ces amitiés intenses tendent à disparaître au cours de l’adolescence, à mesure que la culture patriarcale attribue aux besoins et aux capacités humaines de connexion un genre (féminin) et une sexualité (homosexuelle). L’initiation à la masculinité impose aux garçons de se couper de leurs capacités relationnelles et d’eux-mêmes.

Le film Close illustre ces analyses de façon poignante. Il s’agit, à nos yeux, d’une œuvre d’utilité publique dont il faut s’emparer : il faut aller la voir, se laisser interroger, en discuter entre nous, car cette réalité est alarmante. Attention tout de même : comme vous vous en doutez, le film traite de thématiques dures (suicide, culpabilité, dépression) : prenez des mouchoirs et des copain·e·s avec qui débriefer :)


Il est encore temps d’aller le voir : il est à encore visible dans plusieurs cinémas bruxellois jusqu’au 3 janvier. On en discute à la prochaine mensuelle !


Et pour celleux qui veulent aller plus loin, cet épisode des Couilles sur la Table revient sur le thème des relations intimes que tissent les garçons à différents âges, et leur rapport à l’amour.



# Lancement d’un nouveau format : les mensuelles !

En 2023, nous lançons un nouveau format : les mensuelles. Nous avons constaté que les échanges masculins peuvent parfois manquer d’intimité, d’espace pour permettre l’expression d’une vulnérabilité, d’un ressenti, d’un questionnement. L’injonction patriarcale à assumer seul ses difficultés, à trouver seul des réponses à ses questions – ou à enfouir ces dernières, faute d’y parvenir – n’est pas une fatalité.


Les mensuelles sont des rencontres qui auront lieu les deuxième mardi du mois, dans lesquelles chacun est le bienvenu pour discuter en toute liberté dans un espace convivial, intimiste et sécurisant, autour d’une boisson (chaude ou froide). Venez avec un sujet en tête ou venez avec les mains dans les poches; venez en tout cas rencontrer d’autres gens qui désirent s’y mettre ensemble.


Nous espérons que cette activité touche principalement des hommes. Si tu es intéressé·e et que tu n'es pas un homme, tu es lae bienvenu·e ! Mais c'est encore mieux si tu viens accompagné·e


Horaire :

  • Ouverture des portes à 18h30,

  • Début de l’activité à 19h,

  • Fermeture à 22h30.


Notre première mensuelle aura lieu le mardi 10 janvier, au café-coopératif La Vieille Chéchette (2 rue du Monténégro, Saint-Gilles) et portera sur le thème des amitiés masculines.

Pour s’inscrire, c’est par ici.

Lien vers l’événement Facebook



# Des recommandations autour des émotions et du corps



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