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Newsletter #20



Ça y est, le printemps arrive, les fleurs s’éveillent mais nos manteaux d’hiver restent, semblerait-il, de nécessité. Le mois de mars semble avoir été lourd de fatigue à La Bonne Poire, malgré une activité unique. On vous envoie cette newsletter un peu plus tard que d’habitude, le temps de se retrouver, de discuter, de re-calibrer nos énergies et nos pensées pour dessiner une équinoxe ensoleillée. 


Au programme : 

  • Retour sur la mensuelle de mars

  • Les 3 prochaines activités

  • Des recommandations 


P.S. : C’est notre vingtième newsletter, alors merci à vous toustes qui nous lisez (presque) chaque mois 🥳



# Retour sur la mensuelle de mars

Une deuxième mensuelle consacrée à la question de la sexualité - ici, autour de la pornographie ! Sujet robuste de par l’étendue de ce que l’on peut en dire, sujet audacieux de par le tabou qui le recouvre. Nous nous y sommes essayés et nous pouvons affirmer avec sourire que nous avons passé un joyeux moment, les rires étaient au rendez-vous malgré les difficultés rencontrées. Entre anecdotes, prises de conscience, exposition de la honte et discussions, voici quelques points que nous pensons intéressants à vous partager. Ce retour de mensuelle combine des discussions que nous avons eues le 12 mars et des données chiffrées. Nous tenons aussi à préciser que lorsque nous parlons de pornographie, il s'agit en réalité uniquement de pornographie mainstream. Et, dernière précision, tous les chiffres mentionnés concernent la France. Comme souvent, on manque de données statistiques concernant la Belgique, mais c’est un autre sujet 😉


Quand avons-nous, chacun·e, regardé du porno pour la première fois et qu’est-ce que ça a généré en nous ? Quel impact le porno a sur nos désirs, notre excitation sexuelle ? Pourquoi les hommes visionnent-ils du porno ? Pourquoi aller vers des contenus de plus en plus trash ? Comment penser le pendant moral de la consommation de pornographie ? Jusqu’où nos fantasmes en sont-ils imbibés ? Quel rapport y a-t-il entre désir, fantasme, pornographie et domination ? Aussi, puisque le porno crée de l’objectification en dehors de la sexualité, comment s’extirper de cette toile et des projections dans lesquelles nous nous enfermons/nous sommes enfermé·es ? Comment se départir des attentes en termes de performances ?


Pendant les tables de discussions, quelques-un·es ont abordé l’aspect potentiellement éducatif/pédagogique du porno. Néanmoins, force est de constater qu’il faut le cadrer, en penser les écueils et contours sachant que ce dernier a un énorme impact sur nous. À sujet, un récent sondage français a mis en lumière que seulement la moitié des hommes entre 25 et 34 ans perçoit un problème dans l’image des femmes véhiculée par les contenus pornographiques, et 64 % (soit 20 points de plus que l’ensemble de la population) déclarent que la pornographie donne envie de reproduire les gestes sexuels observés ou qu’il ne faut pas diaboliser la pornographie. Les représentations diffusées par la pornographie mainstream ont clairement des effets pratiques et immédiats sur la vie sexuelle. Une enquête britannique montre que 47 % des garçons entre 16 et 21 ans estiment que les filles « s’attendent » à ce que les rapports sexuels impliquent une agression physique, et 42 % pensent que la plupart des filles « apprécient » les actes d’agression sexuelle. La pornographie a donc un impact réel sur nos représentations et nos pratiques


On peut lire dans le rapport annuel 2024 sur l’état des lieux du sexisme en France que plus les jeunes hommes ont été exposés tôt à du contenu « hard », plus ils adhèrent à des représentations violentes. Les hommes qui ont été exposés le plus tôt aux images pornographiques sont le plus positivement d’accord avec l’affirmation : « Lorsqu’on est en couple, il est normal d’avoir un rapport pour faire plaisir à son conjoint même quand on n’en a pas envie ». Parmi les hommes d'accord avec cette affirmation, 57 % ont visionné leur premier film porno à moins de 11 ans, 38 % entre 11 et 14 et 31 % à plus de 14 ans. Lorsqu’on leur demande s’ils sont d’accord avec l’affirmation : « Lorsqu’on veut avoir une relation sexuelle avec elles, beaucoup de femmes disent “non” mais ça veut dire “oui” », 45 % des hommes qui ont visionné le premier film porno à moins de 11 ans, 17 % de 11 à 14 et 11 % des plus de 14 répondent par la positive. Ceux qui ont consommé du porno entre 11 et 14 ans sont nombreux à reconnaître avoir effectué une pratique sexuelle sans vérifier que leur partenaire était bien consentant·e (28 %) ou avec un·e partenaire qui s’est laissé·e faire mais qui ne le souhaitait pas vraiment (39 %). 


Malheureusement, la consommation de pornographie vient souvent aussi pallier un manque d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle pour les plus jeunes. D’ailleurs, 54 % des jeunes hommes estiment que la pornographie a participé à leur apprentissage de la sexualité, et 33 % pensent que la pornographie a eu une influence négative sur leur sexualité, selon une autre étude française


Plusieurs tables ont discuté aussi de l’influence de la pornographie sur nos corps. Certain·es ont parlé du male gaze (regard masculin) que cela produit : un découpage des corps des femmes, une attention particulière portée aux fesses et aux seins, un scan du regard quand une femme passe dans la rue. Il a aussi été relevé l’impact que la pornographie a sur la place que tient le visuel dans nos rapports sexuels. La pornographie ne s’axe quasiment exclusivement que sur un seul sens : le visuel et, dans une moindre mesure, l’ouïe. Mais qu’en est-il des textures, des odeurs, du goût ? 

D’autres ont aussi abordé l’influence de la pornographie sur les rapports que nous entretenons avec nos propres corps, et notamment la question des complexes physiques et de performance que cela peut créer. Ceci a aussi déjà été documenté. Ainsi, 51 % des hommes de moins de 25 ans ont déjà complexé sur la taille de leur pénis en regardant un film pornographique et 35 % sur leur capacité à faire jouir leurs partenaires. Parmi les femmes du même âge, 39 % ont déjà complexé concernant la forme de leur vulve et 54 % sur les formes ou l’aspect de leur corps (en termes de fermeté et de pilosité notamment) en regardant du porno. Rappelons aussi que, depuis 2019, les 18-34 ans consomment plus d’actes esthétiques que les 50-60 ans, et transforment les parties les plus intimes de leur corps notamment pour se conformer aux images de corps très normés véhiculées par le porno et les réseaux sociaux” (on parle notamment de labiaplastie et de nymphoplastie - on vous laisse chercher en quoi cela consiste). 

Cela nous a aussi amené·es à parler de la préparation des corps. Combien de femmes n’ont pas déjà anticipé quelques heures voire quelques jours à l’avance un date et/ou un rapport sexuel ? Épilation, maquillage, soins du visage et du corps, vêtements, etc. tout cela coûte du temps et de l’argent. Et puis le rendez-vous se passe, l’homme ne plaît pas forcément, mais “la préparation du corps” reste en tête et ce serait dommage qu’elle soit perdue. Alors, certaines femmes ont tendance à finalement avoir un rapport sexuel qu’elles n’ont pas vraiment envie pour rentabiliser tout cet investissement. Où se situe le consentement là-dedans ? Où est le désir ? Et la spontanéité ?


Avant de clôturer ce (trop ?) long retour, on voudrait encore vous partager deux réflexions issues de notre soirée du 12 mars. Lorsque nous performons et que nous reproduisons des schémas appris dans la pornographie, que mettons-nous de personnel dans nos rapports sexuels ? Quelle part de nous cachons ou protégeons-nous ? Nous retrouvons ici des réflexions abordées lors de notre dernier arpentage - celui de Pourquoi le patriarcat ? de Carol Gilligan et Naomi Snider : nos mécanismes de défense - passant ici par une performativité sexuelle - peuvent nous empêcher de nous rencontrer. Toujours dans la veine personnelle, si la pornographie cartographie tant nos désirs, quelle part de nous reste-t-il dans ceux-ci ? Quels désirs sont authentiquement nôtres et lesquels sont purement créés par le X ? Sujets vertigineux, on vous l’accorde, mais qui ouvrent de nouveaux univers de réflexions !

P.S. : Dans le cadre d’un projet d’éducation permanente, l’ONG féministe Le Monde selon les femmes souhaite co-construire avec des groupes d’hommes un outil de dialogue sur la pornographie et ses impacts. Si vous souhaitez vous investir dans un groupe de travail, ou avez des compétences en dessin ou en audio-visuel et que la thématique vous intéresse, vous pouvez contacter Simon simon@mondefemmes.org  



# Les événements d'avril

La mensuelle d'avril : La performance

Pour ce mois d'avril, on vous propose de nous pencher sur le thème de la performance, en lien avec la masculinité.

Qu'elle soit sportive, sexuelle, financière, corporelle, intellectuelle, quantitative, qualitative, etc. la performance demeure un trait caractéristique de la masculinité. Être le meilleur dans un domaine, être plus ceci ou faire mieux cela que les autres est un enjeu pour de nombreux hommes. Quelles injonctions de performance sont portées par la masculinité ? Dans quels domaines de vos vies ? Lesquelles nous travaillent ? Pourquoi serait-il important de toujours se dépasser ou de faire mieux que les autres ? Qu'est-ce que cela nous apporte socialement ? Et nos performances sont-elles liées à des prises de risques ?


C’est quoi une mensuelle ? L’idée de la mensuelle, c’est que ça soit un espace convivial, intimiste et sécurisant pour permettre de se rencontrer, d’échanger nos vécus, nos idées, d’accueillir et de réfléchir, de se mettre au travail ensemble pour se libérer de ce que le patriarcat essaie d’imposer comme étant normal (ou pas) afin d’imaginer et d’investir un monde plus juste et plus joyeux.

Les mensuelles sont également des espaces où rencontrer d’autres hommes qui sont dans une démarche anti-patriarcale, pour faire connaissance, pour rencontrer des compagnons de route, pour se sentir moins seul dans sa démarche.

La qualité des échanges qui ont lieu ici dépend en grande partie de ce qu’on investit dedans. Les mensuelles sont l’occasion d’investir un travail de conversation. Comme dans un sport de ballon – ou au frisbee – la fluidité des échanges dépend de l’attention que chacun peut déployer, de sa présence, du positionnement les un·es par rapport aux autres. Soyez généreux·ses et soyez attentif·ves : avez-vous besoin de prendre du recul ? De digérer ce qui vient d’être dit ? La personne en face de vous a-t-elle besoin d’écoute, de soutien, d’une question pour l’aider à clarifier son propos ? La conversation est un art coopératif.


Infos pratiques

  • Quand ? Le mardi 9 avril 2024

  • Ouverture des portes à 18h30, début de l’activité à 19h et fermeture à 22h.

  • Où ? À La Vieille Chéchette (2 rue du Monténégro - 1060 Saint-Gilles)

  • ​​Pour qui ? Nous espérons que cette activité touche principalement des hommes. Si tu es intéressé·e et que tu n'es pas un homme, tu es lae bienvenu·e ! Mais c'est encore mieux si tu viens accompagné·e :) 

  • Le nombre de places est limité. Inscription souhaitée via ce formulaire

  • Prix libre et conscient

  • Événement Facebook 


Discussion sur le féminisme matérialiste

Le féminisme est une histoire multiple. Différents courants se succèdent ou évoluent en parallèle, en se croisant, en se contredisant, tant et si bien qu’on parle de féminismes au pluriel.

Depuis un certain temps, à La Bonne Poire, on a envie de proposer des activités qui reviennent sur les bases de ces courants et de l’histoire féministe. 

Pour ce 22 avril, on vous propose une discussion autour du féminisme matérialiste, qui a analysé les rapports entre les hommes et les femmes comme des rapports entre des classes sociales antagonistes, mettant en lumière la notion de  patriarcat. Que nous apporte cette grille de lecture ? Que nous permet-elle de comprendre concernant les inégalités de genre, de classe et de race ? Et en quoi est-elle un outil utile pour agir contre elles ? Comment vient-elle résonner avec l’intersectionnalité ? Revendications, paradoxes, critiques et impensés seront au programme afin d’affiner notre compréhension du monde, et de lieux de convergence avec les mouvements d’émancipations sociales et politiques. 

L’arpentage de Silvia Federici de la semaine qui suit sera l’occasion de prolonger notre réflexion autour du féminisme matérialiste. 



Infos pratiques

  • Quand ? Le lundi 22 avril 2024

  • Horaires à confirmer (l’activité débutera probablement aux alentours de 18h30-19h)

  • Lieu à confirmer également (sur Bruxelles)

  • ​​Pour qui ? Nous espérons que cette activité touche principalement des hommes. Si tu es intéressé·e et que tu n'es pas un homme, tu es lae bienvenu·e ! Mais c'est encore mieux si tu viens accompagné·e :) 

  • Le nombre de places est limité. 

  • Inscription obligatoire via ce formulaire

  • Prix libre et conscient


Arpentage : Le capitalisme patriarcal de Silvia Federici

Dans une continuité avec l’atelier sur le féminisme matérialiste, on vous propose d’arpenter ensemble le livre Le capitalisme patriarcal de Silvia Federici (2019) ce 29 avril. Ce n’est néanmoins pas obligatoire d’avoir participé à la discussion du 22 avril pour participer à l’arpentage. 


Un arpentage, c’est quoi ? L’arpentage est une méthode de lecture d'un ouvrage à plusieurs. Le livre est d'abord déchiré en autant de parties que le groupe compte de participant·e·s. Chaque partie du livre est ensuite distribuée. Chaque personne lit son extrait et après, on en discute. L'enjeu est d'emmagasiner l'essence d'un livre et de se le réapproprier collectivement sur un temps limité. Cette méthode est un outil classique de l'éducation populaire, utilisé notamment dans le monde ouvrier afin d'accumuler du savoir critique en groupe.


Quatrième de couverture : Comment faire tourner les usines sans les travailleurs vigoureux, nourris, blanchis, qui occupent la chaîne de montage ? Loin de se limiter au travail invisible des femmes au sein du foyer, Federici met en avant la centralité du travail consistant à reproduire la société : combien coûterait de salarier toutes les activités procréatives, affectives, éducatives, de soin et d’hygiène aujourd’hui réalisées gratuitement par les femmes ? Que resterait-il des profits des entreprises si elles devaient contribuer au renouvellement quotidien de leur masse salariale ?

La lutte contre le sexisme n’exige pas tant l’égalité de salaire entre hommes et femmes, ni même la fin de préjugés ou d’une discrimination, mais la réappropriation collective des moyens de la reproduction sociale, des lieux de vie aux lieux de consommation – ce qui dessine l’horizon d’un communisme de type nouveau.


Infos pratiques

  • Quand ? Le lundi 29 avril 2024

  • Horaires à confirmer (l’activité débutera probablement aux alentours de 18h30-19h)

  • Où ? Au Boom café - 7 rue Pletinckx - 1000 Bruxelles

  • Qui ? Nous espérons que cette activité touche principalement des hommes. Si tu es intéressé·e et que tu n'es pas un homme, tu es lae bienvenu·e ! Mais c'est encore mieux si tu viens accompagné·e.

  • Le nombre de places est limité. Inscription obligatoire via ce formulaire

  • Prix libre et conscient

  • Évènement Facebook



# Recommandations

Comme tous les mois, on vous recommande des ressources pour aller plus loin. Mensuelle de mars oblige, celles-ci concernent la pornographie : 


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