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Newsletter #12


Hihi, nous voilà fort en retard pour notre newsletter mensuelle ! Serait-ce le printemps, le soleil, les oiseaux qui chantent, le relâchement des beaux jours ?


En réalité c’est surtout une période de deadlines dans nos boulots respectifs, on avait d’autres chats à fouetter. Heureusement, on a pu dans les interstices de nos vies professionnelles prendre le temps de vous raconter un peu ce qu’il se passe en cuisine.


Dans cette newsletter :

  • Retour sur nos activités du mois d’avril

  • Action Jordan Peterson

  • La mensuelle de mai : “Masculinité : le goût du risque ?”

  • Arpentage “On ne naît pas mec” de Daisy Letourneur

  • Recommandations


# Retour sur nos activités du mois d'avril


Mensuelle "Sentiments et émotions"

Ce 11 avril, comme tous les deuxième mardi du mois, nous nous retrouvions pour questionner, discuter, réfléchir lors de la mensuelle dont le thème était : les émotions et les sentiments. En effet, le patriarcat dresse nos corps et nos émotions. Notre socialisation genrée nous apprend ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, nous coupe d’une partie de notre humanité en mutilant notre intelligence relationnelle.


Force est de constater encore une fois que réfléchir sur un sujet (c’est-à-dire le mettre à distance) est éminemment plus facile que d’être en présence de nos émotions, de les accueillir (oups). On a pu interroger la difficulté qu’il y a à identifier, à traverser, à exprimer, à accompagner une émotion, que ce soit la nôtre ou celle d’autrui. Certain·es se sont attelé·es à questionner l’éducation aux émotions, d’autres, leur rapport aux larmes ou à leur absence, d’autres encore se sont concentré·es sur la charge émotionnelle et conversationnelle (et sa répartition plus ou moins (in)équitable - re-oups).


Malgré la difficulté parfois de trouver par quel bout prendre le problème et de mettre une conversation sur les rails, nous étions heureux·se de pouvoir profiter d’un cadre intime et sécurisant dans lequel tout ça peut être exploré ensemble.


Reste à savoir comment rendre une certaine place à “l’émotionnalité” dans notre quotidien, ou comment, comme le disait un participant “émotionnaliser la Raison afin de sortir de cette binarité quelque peu oppressante”. Comment créer un cadre pour discuter des émotions avec ses amis ? Comment se montrer vulnérable dans une conversation, dans un contexte où ce n’est pas la norme, sans faire une flop et sans que cette vulnérabilité ne puisse être utilisée contre nous ?


Petit vrac de thématiques co-construites pour continuer à réfléchir avec les copains :

  • le vocabulaire des émotions et ses limites (d’où est-ce qu’on a pas, comme en grec ancien, dix mots différents pour dire comment on aime quelqu’un ?),

  • les effets des émotions sur le corps,

  • des techniques pour exprimer ses émotions dans un groupe en évitant le malaise,

  • comment recevoir les émotions d’autrui,

  • comment se répartit la charge communicationnelle et émotionnelle dans nos relations,

  • la différence entre la pérennité des sentiments et l’éphémère des émotions,

et last but not least pourquoi la colère des hommes ?



Week-end de formation en communicatio consciente (et réflexion sur le "travail sur soi")

Cette mensuelle sur les émotions et les sentiments était évidemment la parfaite entrée en matière pour la formation en communication consciente organisée le weekend du 22 et 23 avril !


Il faut l’admettre : les espaces de développement personnel et les espaces politiques/militants ne font pas toujours bon ménage. Regarder vers l’intérieur, identifier et prendre soin de ses propres besoins, admettre et poser des limites au nom de son propre bien-être, ce n’est pas très populaire dans les milieux où on vit l’urgence du changement, des injustices criantes, des situations inacceptables. On est bien plus vite encouragé·es à se retrousser les manches, à sauter dans l’action, à se sacrifier pour la cause ! (Petit clin d’oeil à la section “la fatigue” de notre newsletter précédente 😉)


Néanmoins, il ne faudrait pas sous-estimer ce que cette manière de voir l’action politique a de patriarcal. Valoriser l’action héroïque, la quête du justicier seul contre tous ; tirer son pouvoir de la déconnexion que l’on entretient de ses propres émotions et traumas pour avancer et rassembler une armée de guerrier·es prêt·es à mourir pour la cause, ce n’est pas forcément le modèle dont on a besoin. Quand on réfléchit un peu, plusieurs indicateurs pointent même plutôt vers l’idée que la lutte anti-patriarcale est davantage une histoire de communauté qui se transforme (et qui transforme le monde auquel elle appartient) en apprenant à prendre soin des relations qui les lie. Pas une histoire de Héros, mais une histoire de gens, comme le chérirait Ursula Le Guin. Un vaste fourre-tout d’individus singuliers cherchant un chemin vers leur humanité en se dépatouillant avec des structures mutilantes et oppressantes et injustes. S’outiller pour prendre soin, de nous, des autres, des liens qui nous lient, c’est aussi éminemment politique.


Pendant la formation, on a pu insister sur le fait que la communication consciente (inspirée de la Communication Non Violente™) n’était pas une baguette magique qui s’applique en toute situation. Il existe un dehors de la CNV : parfois il est légitime de taper d’un poing sur la table et de dire “stop”, “non”, ou “ACAB”. D’autant plus que ce sont statistiquement beaucoup de femmes qui se forment (que ça soit en CNV ou à d’autres outils de développement personnel, de fluidification des relations et de gestion des émotions). Prendre soin de soi et d’un tissu social est un travail, et on peut faire grève de ce travail pour exiger que ce travail soit mieux réparti, mieux valorisé ou mieux organisé (#SolidariteAvecLesGrévistesDeDelhaize). Si la CNV n’est pas un outil magique qui résout tout, il n’en est pas moins vraiment un outil intéressant. Particulièrement pour des personnes socialisées à ne pas entretenir un rapport durable à leur propre vie émotionnelle et relationnelle (sous-titre : des hommes).


Il y a beaucoup de choses à dire et à digérer sur ce weekend, qui était très riche et nourrissant et confrontant sur le rapport que chacun·e entretient à ses émotions, à ses besoins et à ses relations à autrui. Une observation néanmoins mérite une mention dans ce compte rendu : c’est ce qui a été exprimé sous la forme d’une perplexité, voire d’une petite déception à la fin du weekend par quelques hommes habitués à fréquenter des milieux féministes : ils s’attendaient à prendre plus de gifles (figurativement, of course). En traduisant : ils s’attendaient à être bousculés, dérangés, mis dans l’inconfort. Or le cadre de la formation était extrêmement doux, libre et sécurisant. C’est comme si à la fin du weekend, quelques-uns restaient un peu sur leur faim, dans l’attente du grand moment de révélation, il leur manquait quelque chose d’intense.

On dirait que pour des hommes œuvrant à déconstruire ce que le patriarcat a placé à l’intérieur d’eux à leur insu, travailler sur soi implique souvent de travailler contre soi (et c’est probablement vrai). Et comme les femmes sont généralement socialisées à materner, à surinvestir les relations de soin et de soutien, elles font un gros travail pour pousser les hommes à se mettre en mouvement. Ou bien est-ce parce que les féministes n’ont pas une grande confiance dans l’autonomie des hommes à se bouger tout seuls (peut-être parce que les hommes ne leur donnent pas tant de raisons de croire en leur autonomie 🤔La poule ou l'œuf ?). En tout cas, ce qui met en mouvement un travail sur soi chez des hommes vient souvent d’une contrainte ou d’un événement extérieur (AKA : une gifle). Cela reproduit d’ailleurs des injonctions masculines très normées : un homme doit relever des défis, doit se cravacher pour se montrer à la hauteur, doit mériter sa place et l’amour qu’on lui accorde.


Retour à Ursula Le Guin : peut-être que le travail sur soi n’a rien d’héroïque. Ce n’est pas un seul contre toustes, ni même un seul contre soi. Ce n’est pas une aventure où l’on passe d’évènement à évènement, mais peut-être ça ressemblerait davantage à cultiver son jardin. Il arrive qu’une grande tempête ou qu’un tremblement de terre viennent semer la pagaille, mais en vrai, le gros du travail est davantage celui d’une attention quotidienne, d’une écoute de l’environnement, d’un soin des petites choses qui poussent sans grand ramdam. Se demander régulièrement : “Comment je me sens ? Qu’est-ce que ça me fait quand [X] se passe ? A quels besoins ces émotions correspondent en moi ? Comment est-ce que Bidule se sent ? A quoi est-ce que je participe pour Bidule ?”, ce n’est pas épique mais c’est profondément transformateur. La CNV est assez radicale en postulant que chacun·e a les moyens d’être autonome, émotionnellement, relationnellement, humainement; c’est-à-dire, chacun·e a les moyens de cultiver son propre jardin. Attendre les tempêtes pour ensuite réparer les pots cassés, c’est pas vraiment du jardinage ; c’est de la gestion de crise.


Un grand merci à notre formatrice, Guilaine Didier, de nous avoir rendu accessible cette formation et de se tenir de façon féconde à l’intersection inconfortable entre communauté CNV et espaces militants ! Et merci à la Commune d’Ixelles de nous avoir permis d’utiliser la Maison de quartier Malibran comme locaux 🙏



# Action Jordan Peterson


Fin avril, on a pas mal communiqué autour de la venue de Jordan Peterson le 29 avril à Forest National. Et on n’est pas les seul·es à avoir voulu faire quelque chose pour manifester que cette programmation était problématique. [Pour un résumé rapide de sa pensée, voir notre page Facebook].


Plusieurs groupes bruxellois se sont coordonnés pour mener diverses actions. Une carte blanche a été rédigée et signée par un paquet de gens (on en profite pour remercier encore toutes les personnes qui ont collaboré), un collectif féministe a réalisé des collages aux alentours de Forest National, et des mecs se sont rassemblés pour une action le soir de la conférence, à Forest National. C’était fort réjouissant d’imaginer des militant·e·s queer et féministes, des journalistes, des universitaires et des groupes hommes collaborer, c’est pourquoi on a voulu s’investir à toutes les étapes.


Quelques hommes avaient ainsi lancé l’idée de faire une action devant Forest National. Une conversation groupée a été créée et a été rejointe par des volontaires d’horizons différents. On a relayé l’appel sur nos réseaux et on a reçu pas mal de réponses positives et enthousiastes. Dans les faits, peu sont venus sur place le jour même. Dommage.


Il s’est passé des choses positives autour de ces actions, d’autres moins fructueuses. Il a certainement manqué de coordination et de réflexion en amont; rassembler des gens qui ne se connaissent pas pour un but commun n’est pas si simple. Des constats ont pu être tirés et on espère que cette expérience servira de leçon pour les prochaines fois. Nous, on en a tiré des réflexions intéressantes qu’on espère vous partager davantage dans un article sur notre site, plus tard. Si ça se fera ou pas, c’est à notre emploi du temps d’en décider :)




# Mensuelle de mai - "Masculinité : le goût du risque ?"


Dans cette mensuelle (qui se tiendra le mardi 9 mai), on abordera le rapport entre masculinité et goût du risque. Les deux sont effectivement souvent liés : les injonctions à la prise de risques dans les groupes d’amis, la violence entre hommes, le rapport aux sports extrêmes, à l’alcool, à la voiture, à la gestion de l’argent, au (non-)suivi médical ou à la non-vigilance au niveau de sa propre santé (physique ou mentale). Cela implique les prises de risques pour soi mais aussi la possible implication d’autres gens - est-ce qu’on en parle, de la gestion des risques de grossesses ou d’MST ? Et puis le risque de tomber amoureux ? Le risque de ressentir, le risque d’être vulnérable, le risque d’être vu comme on est. Un goût ambivalent du risque, qu’on pourra explorer ensemble dans le cadre convivial de La Vieille Chéchette !


Si tu n’es pas encore familier avec le format des mensuelles, tu peux te renseigner ici.


Infos pratiques

  • Quand ? Le mardi 9 mai

  • Où ? Au café-bouquinerie coopératif La Vieille Chéchette (2 rue du Monténégro, Saint-Gilles)

  • Qui ? Nous espérons que cette activité touche principalement des hommes. Si tu es intéressé·e et que tu n'es pas un homme, tu es lae bienvenu·e ! Mais c'est encore mieux si tu viens accompagné·e.

  • Ouverture des portes à 18h30 ; début de l’activité à 19h, fermeture à 22h30.

  • Inscription souhaitée via ce formulaire. Le nombre de places est limité.

  • Toutes les infos sur l'évènement Facebook ou notre site



# Arpentage : "On ne naît pas mec"


Le temps est venu de se retrouver pour un nouvel arpentage ! On vous propose le livre On ne naît pas mec de Daisy Letourneur, une militante féministe, trans et lesbienne, membre du collectif “Toutes Des Femmes” et autrice depuis 2017 du blog La Mecxpliqueuse où elle écrit sur la masculinité.


Un arpentage c’est quoi ? L’arpentage est une méthode de lecture d'un ouvrage à plusieurs. Le livre est d'abord déchiré en autant de parties que le groupe compte de participant·e·s. Chaque partie du livre est ensuite distribuée. Chaque personne lit son extrait et après, on en discute. L'enjeu est d'emmagasiner l'essence d'un livre et de se le réapproprier collectivement sur un temps limité. Cette méthode est un outil classique de l'éducation populaire, utilisé notamment dans le monde ouvrier afin d'accumuler du savoir critique en groupe.


Pour un avant-goût, voici la quatrième de couverture :


Pourquoi parler encore des mecs ? Quand tout se passe comme si les humains étaient hommes par défaut et femmes par exception, il semble qu'on n'en parle déjà que trop.

À y regarder de plus près, cependant, on parle beaucoup d'hommes mais plus rarement des hommes. On parle d'individus en particulier, bien peu de la classe des hommes dans son ensemble.

On parle des Grands Hommes, moins de tous ceux qui envoient des photos de leur pénis sur Internet. On parle plus des ministres que des violeurs (sauf quand il s'agit du même type).

Alors, si nous retournons le regard féministe vers les hommes, que voyons-nous ? Soudain, on comprend comment les hommes sont construits et les histoires qu'on se raconte sur la " nature masculine " se révèlent mensongères. On voit que l'amour des hommes pour les femmes n'est pas un cadeau. On voit qu'en un sens les hommes préfèrent de toute façon les hommes, ce qui ne les empêche pas d'être homophobes.

Je suis une femme blanche, trans et lesbienne et mon point de vue n'est pas moins neutre qu'un autre. Je vais recourir à des statistiques, des théories, des histoires, des dessins et des punchlines pour vous faire poser un nouveau regard sur vos pères, vos frères, vos compagnons, vos ex – et peut-être sur vous-même.


Infos pratiques

  • Quand ? Le 30 mai 2023

  • Portes ouvertes à 18h00; début de l’activité 18h30.

  • Où ? Salle La Fontaine - Maison de la Solidarité (Rue du Viaduc 133, Ixelles)

  • Qui ? Nous espérons que cette activité touche principalement des hommes. Si tu es intéressé·e et que tu n'es pas un homme, tu es lae bienvenu·e ! Mais c'est encore mieux si tu viens accompagné·e.

  • Inscription via ce formulaire

  • Prix libre (prévoir cash)

  • Max. 13 participant.es

  • Toutes les infos sur l’évènement Facebook ou sur notre site




# Ressources


Sur les émotions et sentiments


Sur la communication non violente et le développement personnel


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