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Newsletter #1

Suite à la première rencontre du 9 décembre 2021, voici une nouvelle newsletter ! Vous y trouverez un feedback de la rencontre et la suite de notre programme pour le début de 2022.


# Des premiers pas très réjouissants!

Depuis le lancement de la page, nous avons reçu de nombreux messages nous témoignant enthousiasme et encouragements. C’est trop cool, merci beaucoup ! Merci à vous toustes qui avez partagé notre page sur les réseaux sociaux, qui avez parlé de l’initiative autour de vous, qui nous avez fait part de ce qui vous motive, de vos attentes, vos craintes ; toutes ces choses nous font avancer !

Nous nous réjouissons aussi beaucoup du succès de cette première soirée de rencontre, le 9 décembre. Vous êtes venu·e·s en nombre : nous étions 26, dont 22 hommes et une femme inscrit·e·s, et trois organisatrices. Le cadre était bienveillant et enthousiaste.



# Retour sur la première rencontre Mais qu’est-ce qu’on y a fait, à cette première réunion ? L’objectif était de se rencontrer, évidemment, mais aussi de présenter un peu les intentions du projet tel que nous l’avions imaginé pour voir si ça résonnait effectivement avec vos attentes. Concrètement, qu’est-ce qui nous a donné envie de lancer La Bonne Poire ? D’abord, quelques constats: 1. Le problème de la charge pédagogique : Depuis quelques années, on voit des hommes de notre entourage chercher leur place dans la lutte anti-patriarcale. Souvent, leurs espaces de questionnement et de déconstruction sont des conversations avec nous, leurs ami·e·s féministes ou queer, dans des discussions individualisées. Alors que ce soit dit : c’est vraiment super d’avoir ces échanges mais le cadre de ces échanges – le fait que ça soit de l’accompagnement individuel et généralement dans des moments informels – provoque ce que les militant·e·s ont fini par appeler une « fatigue pédagogique », qui s’exprime souvent sous la forme d’un « va écouter des podcasts et lire des livres ; j’suis pas là pour t’éduquer ! ». Bref, les mecs sont invités à se prendre en main. 2. La difficulté de s’approprier les concepts : Il faut une bonne dose de motivation pour se confronter à toutes les ressources qui existent, surtout qu’on ne sait pas forcément toujours bien par où commencer. Mais se renseigner n’est pas suffisant : encore faut-il s’approprier ces savoirs, faire le lien entre la théorie et la pratique. (Et ça), même les personnes concernées par différentes oppressions le font dans des moments collectifs, généralement en mixité choisie. C’est là qu’on se (dé)construit, qu’on part d’expériences vécues et qu’on s’échange des outils et des références. Souvent les hommes cisgenre n’ont pas accès à ces espaces collectifs en mixité choisie. Faute de pouvoir se réapproprier ces savoirs, beaucoup d’hommes semblent aujourd’hui éveillés aux questions soulevées par le féminisme mais c’est comme s’ils avaient compris les codes, mais pas changé de regard. Ils ont checké leurs privilèges et tout ce qu’ils ont appris c’est qu’être un allié, c’est ne pas parler au mauvais moment, ne pas prendre trop de place, et un ensemble de comportements à appliquer dans des situations données. Mais ils n’ont pas été transformés par le processus. 3. Le problème de l’isolement des hommes : Ce modèle a des limites donc, d’une part de ne mener qu’à un changement de surface, mais aussi d’isolement des hommes qui trouvent difficilement des pairs avec qui partager leurs questionnements. Les hommes qui ont réfléchi aux enjeux de dominations systémiques, à la construction masculine, aux luttes féministes et multidimensionnelles,( ils) ont aussi généralement compris qu’il fallait se méfier des autres hommes, car quand ils sont entre eux, les dynamiques de “boys-club” et d’auto-renforcement reviennent très vite. Ceux qui accèdent malgré tout aux milieux queer et féministes apprennent à s’y faire petits, voire sont maintenus à la marge, et ils se retrouvent fréquemment isolés les uns des autres. C’est pour sortir de (1) la charge pédagogique indue, de (2) l’isolement des hommes qui veulent œuvrer à démanteler le patriarcat mais qui ne peuvent le faire que dans les marges d’espaces consacrés à d’autres (milieux queer, milieux féministes), et (3) pour permettre aux hommes de s’approprier le travail – pas juste corriger leurs comportements problématiques, mais pouvoir être transformés et eux aussi s’émanciper d’un système oppressif et violent qui les oppresse ; pour tout ça, La Bonne Poire. Après avoir fait le tour des constats et laissé la place à des échanges, nous avons parlé des chantiers qui nous attendent, ainsi que des écueils qui nous menacent. Car ne nous y trompons pas : les écueils sont nombreux ! Pour y faire face, il est nécessaire de pouvoir en parler et de les confronter, dans une démarche collective de remise en question permanente (et aussi bienveillante que possible). Une dernière chose : La Bonne Poire, une non-mixité masculine ? Le patriarcat est l’affaire de tout le monde. Les oppressions des femmes, des personnes queer, des personnes LBGTQIA+ nous concernent toustes, de même que les problèmes que le patriarcat cause aux hommes. Il s’agit de créer des espaces dans lesquels on pourra traiter ces problèmes. Les espaces en non-mixité ou en mixité choisie sont souvent nécessaires pour avancer dans ces luttes. La notion de “mixité choisie” exprime souvent des “espaces sans les oppresseurs”. Des espaces entre personnes racisées sans personnes blanches, des espaces entre personnes queer sans personnes cis-hétéro, des espaces entre femmes sans hommes, … Mais qui sont les oppresseurs des hommes ? Heh. Ouais. Il y a quelque chose à penser là. Nous voulons proposer des espaces en mixité choisie où nous nous réunissons pour avancer sur des luttes qui concernent en priorité les hommes. Dans un souci de donner la place aux personnes concernées, il nous importe que les hommes soient au centre de ces espaces. Mais les énergies nécessaires au bon fonctionnement de ces espaces viendront d’horizons variés. Pour éviter les écueils justement, ces espaces doivent pouvoir être ouverts. C’est pourquoi La Bonne Poire est une initiative portée par des hommes, des femmes, et des personnes non-binaires.

# Et la suite? Le 15 décembre passé, l'autrice et théoricienne féministe bell hooks est décédée. Pour lui rendre hommage, et parce que ça faisait déjà un peu partie de nos plans, nous vous proposons d'arpenter ensemble "La volonté de changer. Les hommes, la masculinité et l’amour" (traduction française 2021, initialement publié en 2004). Lien vers l'événement Facebook. L’arpentage, c’est quoi? L’arpentage est une méthode de lecture d'un ouvrage à plusieurs. Le livre est d'abord découpé en autant de parties que le groupe compte de personnes. Chaque partie du livre est ensuite distribuée. Puis, chaque personne autour de la table lit son extrait et le réexplique auprès du groupe. L'enjeu est d'emmagasiner l'essence d'un livre sans avoir dû y passer des heures et des heures. Cette méthode est un outil classique de l'éducation populaire, utilisé notamment dans le monde ouvrier afin d'accumuler du savoir critique en groupe. La technique vise plusieurs objectifs : expérimenter un travail coopératif et critique ; créer une culture commune autour d’un sujet, d’un savoir théorique ; comprendre qu’aucun savoir n’est neutre, que tout point de vue est situé ; populariser la lecture. (Pour plus d’infos, c'est par ici).


bell hooks, c’est qui ? bell hooks, originaire de Hopkinsville (Kentucky), a été reconnue internationalement en tant qu'autrice, critique, féministe et intellectuelle publique. Elle est décédée le 15 décembre 2021 dans sa maison de Berea, à l'âge de 69 ans. Elle a été une source d’inspiration pour toute une lignée de penseuses afro-féministes grâce à son livre « Ne suis-je pas une femme ? » mêlant lutte féministe et lutte antiraciste. Proche du pédagogue Paolo Freire, bell hooks mise sur l’importance de l’éducation des adultes dans un processus de résistance et d’émancipation des structures oppressives. Réfléchissant au féminisme, au racisme, à la culture, à la politique, aux rôles genrés, à l’amour et à la spiritualité, son œuvre compte plus de 40 livres, mêlant essais, poésie, histoires pour enfants. bell hooks a mis notamment en lumière que la culture patriarcale est elle aussi injonctive en ce qui concerne les hommes. Elle écrit : “Lorsque j’ai commencé à m’intéresser aux questions de genre, je croyais que la violence était un produit dérivé de la socialisation des garçons. Mais après avoir écouté plus attentivement les hommes et leurs familles, j’en suis venu à penser que la violence est la socialisation des garçons. Notre manière de “faire de ces garçons des hommes” passe par la mutilation [...]. Nous les séparons de leur propre expressivité, de leurs sentiments, de leur sensibilité aux autres. Même l’expression “comporte toi comme un homme” signifie marche ou crève.”

Pour déjà lire un premier chapitre “Comprendre le patriarcat”, c’est par ici.






# Une soirée Twister Au cours de cette première rencontre, un sujet, une envie est revenue à plusieurs reprises sur la table au fil de la soirée : “non mais franchement, ce qui nous faudrait c’est genre… une soirée Twister ! Ce serait pas hyper réjouissant ?” Ce qui pouvait ne rester qu’un running-gag a obtenu un genre d’adhésion générale. Le Twister s’est révélé être un bon moyen de faire un pas de côté des discussions intellectuelles mais aussi d’une compétition virile. L’envie de construire des relations amicales et d’utiliser son corps a été manifestée avec joie. Bref, si cette idée vous parle toujours autant aujourd’hui qu’il y a dix jours et que vous êtes chauds de la voir exister, cette soirée Twister, manifestez-vous par mail :) (labonnepoirebxl@gmail.com)

# Des trucs à nous dire ? Lettres d’amour, manquements, critiques constructives ou ressources à partager ? Envoyez un email : labonnepoirebxl@gmail.com

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